"L'amour que l'on porte à nos amis se trouve au-delà des mots " Paulo Coelho

On célèbre Pâques un peu partout


Un poeme de Marcel Pagnol et un texte à méditer pour ce temps pascal :

ŒUFS DE PAQUES

Voici venir Pâques fleuries,
Et devant les confiseries
Les petits vagabonds s’arrêtent, envieux.
Ils lèchent leurs lèvres de rose
Tout en contemplant quelque chose
Qui met de la flamme à leurs yeux.

Leurs regards avides attaquent
Les magnifiques œufs de Pâques
Qui trônent, orgueilleux, dans les grands magasins,
Magnifiques, fermes et lisses,
Et que regardent en coulisse
Les poissons d’avril, leurs voisins.

Les uns sont blancs comme la neige.
Des copeaux soyeux les protègent.
Leurs flancs sont faits de sucre. Et l’on voit, à côté,
D’autres, montrant sur leurs flancs sombres
De chocolat brillant dans l’ombre,
De tout petits anges sculptés.

Les uns sont petits et graciles,
Il semble qu’il serait facile
D’en croquer plus d’un à la fois ;
Et d’autres, prenant bien leurs aises,
Unis, simples, pansus, obèses,
S’étalent comme des bourgeois.

Tous sont noués de faveurs roses.
On sent que mille bonnes choses
Logent dans leurs flancs spacieux
L’estomac et la poche vides,
Les pauvres petits, l’œil avide,
Semblent les savourer des yeux.

Marcel Pagnol

 

  1. MIROIR DE PÂQUES

C’est l’histoire d’un homme qui cherchait le sens de l’existence. Il avait beaucoup lu et voyagé, rencontré quantité de moines, de prêtres, de philosophes, d’imams, de rabbins, de sages et de gourous… Mais les années passaient et, dans son cœur, continuait de résonner cette question sans réponse : « Pourquoi ? »
« Pourquoi la vie ? Pourquoi la terre, l’univers et ses étoiles ? Pourquoi la mort et la souffrance ? » Il restait de plus en plus souvent seul, triste, debout dans son bureau envahi de livres, les yeux fixés sur un vieux miroir. Son regard cherchait dans le reflet de son visage – où pointait déjà la marque du temps – une réponse, un signe, une piste… Il espérait qu’en contemplant ainsi, au travers de sa propre image, le reflet de l’humanité, il trouverait le début d’une réponse. « Pourquoi ? Pourquoi ?  »
Un soir qu’il allait dîner dans le bistrot en bas de chez lui où il avait ses habitudes, il croisa le regard d’un vieil homme, accoudé au bar. Il ne l’avait jamais vu dans le quartier. Pour sortir un instant de son trop-plein de solitude, il offrit un verre à l’inconnu. Celui-ci accepta et le remercia avec un infinie douceur. Les verres vides, l’inconnu enfila son manteau et s’apprêtait à sortir lorsque notre homme lui demanda : « Avez-vous dîné ? » L’autre répondit que non. « Alors restez avec moi, car déjà le soir tombe, venez partager mon modeste repas… « .
Ils s’assirent l’un en face de l’autre, les mains posées sur la toile cirée. Le doux regard de l’inconnu invitait à la confidence. Notre homme se mit à parler de sa vie, de ses voyages, de ses lectures, de ses rencontres, de sa quête, de ce lancinant « pourquoi ? » qui ne cessait de retentir dans son cœur.
Et puis, il évoqua le vieux miroir où il passait des heures à regarder filer le temps sur son propre visage. Alors, l’inconnu lui dit soudain : « Emmène-moi chez toi !  »
Arrivé dans le modeste appartement, l’inconnu demanda à son hôte de se placer face au miroir comme il en avait l’habitude. Intrigué, notre homme s’exécuta et se mit à contempler, une fois encore, sa propre image.
Alors, l’inconnu prit un chiffon, décolla légèrement le miroir du mur, glissa la main derrière et se mit à gratter méthodiquement le tain du vieux miroir. Bientôt, tout reflet disparut, il ne resta plus, enchâssé dan le cadre doré, qu’un simple carré de verre, désormais totalement transparent.
L’inconnu prit le cadre, le décrocha du mur, invita son hôte à le suivre et posa l’objet devant une fenêtre de l’appartement, celle qui donnait sur le boulevard le plus bruyant, où grouillait une foule anonyme et pressée, où l’on apercevait, prés d’une bouche de métro, le frêle amas de cartons d’un « sans-domicile ». Puis, sans un mot, l’inconnu sortit.
Alors, notre chercheur de sens, tombant à genoux, se mit à pleurer à chaudes larmes. Non pas de pleurs de tristesse, mais de joie ; une joie mystérieuse, « imprenable », irrépressible ; une joie qui ne ressemble à aucune autre joie ; une joie comme une pierre qu’on roule pour ouvrir enfin, au matin d’une interminable nuit, le tombeau des blessure humaines…
L’homme voulut sortir de la pénombre de son petit appartement. Dans sa précipitation, il se prit le pied dans un tapis. Ce qui restait du miroir se brisa. Alors, notre homme éclata d’un rire sonore, dévala les escaliers et alla joyeusement se perdre dans la foule, en direction de la bouche du métro…

Bertrand Révillon (« Panorama » mars 2008)

 

d57251ffbbb0d127379b9dae700d3

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s